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Réduire le sucré ne calmerait pas l'envie de sucre: une étude bouscule un conseil de santé très répandu

health2026-08-19 · 4 min read · 152 reads

Selon l'essai clinique Sweet Tooth Trial, publié dans l'American Journal of Clinical Nutrition, réduire la part d'aliments sucrés pendant six mois ne diminue ni l'attrait pour le sucré, ni le poids, ni les marqueurs de risque cardiovasculaire. Un résultat qui interroge un conseil largement diffusé.

Un conseil de santé bien connu vient d'être remis en question. Selon un essai clinique baptisé Sweet Tooth Trial, publié dans la revue American Journal of Clinical Nutrition, réduire la quantité d'aliments sucrés dans son alimentation pendant six mois ne diminue pas l'attrait pour le goût sucré. Elle ne fait pas non plus baisser le poids ni les marqueurs de risque de diabète et de maladies cardiaques.

L'étude a été menée par l'université de Wageningen, aux Pays-Bas, et l'université de Bournemouth, au Royaume-Uni. Les chercheurs ont suivi 180 participants répartis en trois groupes selon la part d'aliments sucrés dans leur régime, soit élevée, faible ou moyenne. Les sources de goût sucré comprenaient à la fois le sucre, la douceur naturelle et les édulcorants basses calories.

Les participants ont été évalués après un, trois et six mois. À l'arrivée, aucune différence significative n'est apparue entre les groupes, que ce soit pour la préférence envers le goût sucré, le poids corporel ou les indicateurs liés au risque cardiovasculaire et au diabète. L'idée selon laquelle manger moins sucré rééduquerait progressivement le palais ne s'est donc pas vérifiée ici.

Ce que disent les chercheurs

Katherine Appleton, professeure de psychologie à l'université de Bournemouth, a resitué l'enjeu. Elle rappelle que le goût pour le sucré est naturel chez l'être humain, ce qui a conduit de nombreuses organisations, dont l'Organisation mondiale de la santé, à recommander de réduire globalement la part de saveur sucrée dans l'alimentation. Or, souligne-t-elle, ces résultats ne soutiennent pas un tel conseil.

Les auteurs apportent toutefois une nuance essentielle. Plutôt que de viser la saveur sucrée en elle-même, ils estiment que l'attention devrait porter sur la consommation totale de sucre et sur les aliments très denses en énergie. Autrement dit, ce serait la quantité de sucre et de calories qui compte réellement, davantage que le simple fait qu'un aliment ait un goût sucré.

Un autre constat interpelle. Une fois l'essai terminé, de nombreux participants sont spontanément revenus à leurs habitudes alimentaires antérieures. Ce détail illustre à quel point les changements de régime sont difficiles à maintenir dans la durée, même lorsqu'ils sont encadrés par un protocole de recherche pendant plusieurs mois.

Pourquoi la prudence s'impose

L'étude ne conclut pas que le sucre est inoffensif, mais que réduire uniquement le goût sucré ne suffit pas à faire disparaître les envies. (photo d'illustration)
L'étude ne conclut pas que le sucre est inoffensif, mais que réduire uniquement le goût sucré ne suffit pas à faire disparaître les envies. (photo d'illustration)

Aussi frappants soient-ils, ces résultats doivent être lus avec prudence. Il s'agit d'un seul essai clinique, portant sur 180 personnes et sur une durée de six mois. C'est un effectif modeste et une période relativement courte, qui ne permet pas de saisir les effets à très long terme ni de généraliser les conclusions à l'ensemble de la population.

Il est tout aussi important de préciser ce que l'étude ne dit pas. Elle n'affirme nullement que le sucre serait sans danger, ni qu'on pourrait en consommer sans limite. Elle remet spécifiquement en cause l'idée que réduire la saveur sucrée du régime suffirait à calmer les envies de sucre, tout en continuant de pointer l'intérêt de limiter le sucre total et les aliments trop caloriques.

Le contexte de santé publique reste par ailleurs inchangé. Les autorités, comme l'OMS au niveau international ou le Programme national nutrition santé en France, recommandent depuis longtemps de limiter les sucres ajoutés. Cette étude nuance surtout la logique du rééducage du goût, sans remettre en cause l'objectif général de modérer sa consommation de sucre.

Ce que cela change au quotidien

Pour les personnes qui cherchent à manger plus sainement, le message pratique est nuancé. Passer à des aliments moins sucrés ne fera pas disparaître automatiquement l'attirance pour le sucré. Se concentrer sur la qualité globale de l'alimentation, sur les portions et sur la quantité totale de sucre pourrait compter davantage que la seule saveur des aliments consommés.

Ce résultat s'inscrit dans une évolution plus large de la science de la nutrition. Celle-ci tend de plus en plus à privilégier l'analyse des schémas alimentaires dans leur ensemble, plutôt que des règles simplistes ciblant un unique paramètre. L'étude invite ainsi à se méfier des messages trop réducteurs du type il suffit de manger moins sucré.

Pour trancher, il faudra des essais plus vastes, plus longs et menés de façon indépendante. En attendant, les recommandations officielles restent valables, et toute personne souhaitant modifier son alimentation, en particulier en cas de diabète ou de problèmes cardiaques, a tout intérêt à en parler d'abord avec un médecin ou une diététicienne plutôt que d'agir seule.

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