Amélie GirardVIEW PROFILE →
PNNS 5 et Nutri-Score : la France dévoile sa nouvelle feuille de route pour mieux manger d'ici 2030
Avec le lancement du cinquième Programme national nutrition santé, la France se fixe des objectifs chiffrés ambitieux sur le Nutri-Score, le sucre et les aliments ultra-transformés. Décryptage d'une stratégie de santé publique et du débat brûlant sur le caractère obligatoire de l'étiquetage.
La question de savoir ce que nous mettons dans nos assiettes n'a jamais été aussi centrale dans le débat public français. Face à la progression du surpoids et des maladies liées à l'alimentation, les pouvoirs publics ont décidé de passer à la vitesse supérieure en présentant une nouvelle stratégie nationale, censée guider les habitudes alimentaires du pays pour les années à venir.
Un nouveau programme aux objectifs chiffrés
Le huit avril de cette année, les autorités ont officiellement lancé le cinquième Programme national nutrition santé, plus connu sous son sigle de PNNS 5. Ce plan constitue la colonne vertébrale de la politique nutritionnelle française et fixe une série d'objectifs précis et chiffrés à atteindre d'ici l'horizon de l'année 2030.
Parmi les grandes orientations retenues figure la volonté d'étendre le Nutri-Score aux aliments bruts et à la restauration collective, afin que l'information nutritionnelle touche un public toujours plus large. Le programme prévoit également une réduction de la teneur en sucre des produits destinés aux enfants, une population particulièrement vulnérable aux excès.

Deux autres mesures phares complètent ce dispositif ambitieux. D'une part, le plan vise une baisse de vingt pour cent de la consommation d'aliments ultra-transformés, dont les effets sur la santé inquiètent de plus en plus les scientifiques. D'autre part, il entend encadrer plus strictement la publicité pour la malbouffe qui cible directement les plus jeunes.
Le Nutri-Score au cœur des débats
Au centre de cette stratégie se trouve le Nutri-Score, ce logo coloré désormais familier des consommateurs. Pourtant, son application reste aujourd'hui volontaire pour les industriels, ce qui limite sa portée. De nombreuses voix, dont celle de la présidente du programme, plaident désormais pour le rendre tout simplement obligatoire sur l'ensemble des produits.
Cette bataille pour l'étiquetage se double d'un débat sur les idées reçues. L'une des critiques récurrentes consiste à affirmer que bien manger coûterait forcément plus cher, un argument souvent avancé pour freiner les politiques nutritionnelles. Une étude récente est toutefois venue sérieusement nuancer, voire contredire, cette croyance très répandue.
Publiée au mois de mars par Santé publique France en collaboration avec l'Inrae, cette recherche a analysé les prix de près de vingt-huit mille produits répartis dans vingt-deux catégories, entre les années 2020 et 2023. Sa conclusion est claire : les produits affichant un bon Nutri-Score ne sont pas systématiquement plus onéreux que les autres.
Des chiffres qui justifient l'urgence
Si les autorités déploient une telle énergie, c'est que la situation sanitaire l'exige. En France, près de quarante-sept pour cent de la population est aujourd'hui en surpoids, tandis que dix-sept pour cent des habitants souffrent d'obésité. Ces chiffres, loin d'être anodins, sont en partie liés à la qualité de l'alimentation quotidienne.
Derrière ces pourcentages se cachent des enjeux considérables, tant humains qu'économiques. Le surpoids et l'obésité constituent des facteurs de risque majeurs pour de nombreuses pathologies chroniques, du diabète aux maladies cardiovasculaires, qui pèsent lourdement sur la vie des patients comme sur les comptes du système de santé.
Les experts insistent néanmoins sur un point important. Le Nutri-Score, aussi utile soit-il, ne mesure pas à lui seul le degré de transformation industrielle des aliments, qui représente un facteur de risque distinct de la simple composition nutritionnelle. C'est précisément pour cela que le nouveau plan combine plusieurs leviers d'action complémentaires.
Un défi collectif pour les années à venir
La réussite de ce programme ne reposera pas uniquement sur les épaules de l'État. Elle dépendra aussi de la bonne volonté des industriels de l'agroalimentaire, de la mobilisation des professionnels de santé et, bien sûr, des choix quotidiens de millions de consommateurs qui devront être accompagnés et informés plutôt que culpabilisés.
Les prochaines années diront si ces objectifs ambitieux relèvent du vœu pieux ou d'une transformation réelle des habitudes. Beaucoup dépendra de la capacité des pouvoirs publics à transformer les intentions en mesures concrètes et contraignantes, notamment sur la question sensible du caractère obligatoire de l'étiquetage nutritionnel.
Quoi qu'il en soit, ce nouveau plan marque une étape importante dans la manière dont la France aborde la santé par l'alimentation. En posant des chiffres clairs et des échéances précises, il offre une feuille de route qui, si elle est suivie, pourrait durablement améliorer le rapport des Français à leur assiette et à leur bien-être.






