Amélie GirardVIEW PROFILE →
Moustique tigre : la France fait face à une flambée record de chikungunya et de dengue autochtones
Avec 809 cas autochtones de chikungunya recensés en 2025 et un moustique tigre désormais implanté dans 83 départements, la France métropolitaine connaît une saison des arboviroses inédite. Point sur les chiffres, les régions concernées et les gestes qui protègent.
La saison estivale 2026 confirme une tendance de fond que les autorités sanitaires françaises redoutaient depuis plusieurs années : les maladies transmises par le moustique tigre, longtemps cantonnées aux voyageurs de retour des zones tropicales, s'installent désormais durablement sur le territoire métropolitain. Chikungunya, dengue et, plus rarement, virus Zika ne sont plus des affections exotiques mais des réalités épidémiologiques que la France doit apprendre à surveiller chaque été.
L'année 2025 a marqué un tournant sans précédent dans l'histoire sanitaire récente du pays. Selon les bilans de Santé publique France, pas moins de 809 cas autochtones de chikungunya ont été identifiés en France hexagonale, c'est-à-dire chez des personnes qui n'avaient pas voyagé et qui ont donc été contaminées sur place, par la piqûre d'un moustique local préalablement infecté. Un tel niveau n'avait jamais été atteint auparavant.
À ces cas de chikungunya se sont ajoutés une trentaine de cas autochtones de dengue et une soixantaine d'infections à virus West Nile au cours de la même période. Ce cumul illustre une bascule : le moustique Aedes albopictus, communément appelé moustique tigre, n'est plus seulement une nuisance estivale, il est devenu un vecteur sanitaire à part entière capable d'entretenir des chaînes de transmission autonomes sur le sol français.
Un vecteur désormais implanté dans presque tout le pays
L'explication tient d'abord à la géographie de l'insecte. Au 1er janvier 2026, le moustique tigre était officiellement implanté dans 83 des 96 départements de la France métropolitaine, selon Santé publique France. Autrement dit, la quasi-totalité du territoire abrite désormais une population stable de ce vecteur, alors qu'il n'était présent que dans une poignée de départements méditerranéens il y a une quinzaine d'années à peine.
Cette progression vers le nord et l'ouest explique que des régions jusque-là épargnées aient connu leurs tout premiers épisodes de transmission locale. En 2025, huit régions ont été touchées par des cas autochtones de chikungunya ou de dengue, dont trois pour la première fois : la Nouvelle-Aquitaine, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté. La maladie ne se limite donc plus à l'arc méditerranéen traditionnellement exposé.
Le réchauffement climatique, l'intensification des échanges internationaux et l'urbanisation, qui multiplie les petits gîtes d'eau stagnante, se conjuguent pour offrir au moustique tigre des conditions de reproduction toujours plus favorables. Chaque coupelle de pot de fleurs, chaque gouttière encombrée ou seau oublié dans un jardin peut devenir un lieu de ponte à quelques mètres des habitations.
Une surveillance renforcée de mai à novembre
Pour anticiper ces épisodes, les autorités réactivent chaque année une surveillance renforcée des arboviroses du 1er mai au 30 novembre, période qui correspond à l'activité du vecteur en métropole. Durant ces sept mois, tout cas de dengue, de chikungunya ou de Zika doit être signalé sans délai, afin de déclencher des enquêtes autour du domicile des malades et des opérations de démoustication ciblées.
Depuis le 1er mai 2026, Santé publique France a recensé 105 cas importés de chikungunya, 295 cas importés de dengue et 10 cas importés de Zika sur l'ensemble du territoire. Ces cas, contractés à l'étranger, constituent la principale source d'introduction du virus : il suffit qu'un moustique tigre local pique un voyageur virémique pour qu'une transmission autochtone puisse ensuite s'amorcer dans le voisinage.
À la mi-août 2026, une vingtaine de cas autochtones de chikungunya avaient déjà été identifiés en France métropolitaine pour la seule saison en cours. Ce chiffre, encore provisoire, reste très en deçà du record de 2025, mais il rappelle que la dynamique de transmission locale est désormais un phénomène récurrent, appelé à évoluer semaine après semaine jusqu'à l'automne.
Reconnaître les symptômes pour mieux réagir
Sur le plan clinique, le chikungunya se manifeste le plus souvent par une fièvre d'apparition brutale, accompagnée de douleurs articulaires parfois intenses et invalidantes, de maux de tête et d'une fatigue marquée. La dengue partage plusieurs de ces signes, avec fièvre élevée, douleurs musculaires et céphalées, mais peut évoluer, dans de rares cas, vers des formes sévères nécessitant une prise en charge hospitalière.
Devant l'apparition de tels symptômes après une piqûre de moustique, et a fortiori au retour d'un séjour en zone tropicale, il est recommandé de consulter un médecin, qui pourra prescrire les examens biologiques adaptés. Un diagnostic rapide n'a pas seulement une utilité individuelle : il permet aussi d'alerter les autorités et d'interrompre la chaîne de transmission autour du patient avant qu'elle ne s'étende.
Comment se protéger au quotidien

La première ligne de défense reste la suppression des lieux de ponte. Le moustique tigre pond dans de très petites quantités d'eau stagnante, et vider chaque semaine les coupelles, seaux, vases, gouttières et récipients qui traînent autour du logement réduit considérablement le nombre de larves. C'est le geste le plus efficace, car il agit à la source, avant même que l'insecte adulte n'émerge.
En complément, le port de vêtements couvrants aux heures d'activité du moustique, l'usage de répulsifs cutanés adaptés, l'installation de moustiquaires aux fenêtres et le recours à la climatisation ou au ventilateur limitent le risque de piqûre. Les personnes revenant d'une zone où circulent ces virus sont par ailleurs invitées à se protéger des piqûres pendant les premiers jours, afin de ne pas devenir, à leur tour, un maillon de la transmission locale.
Face à un moustique tigre désormais installé dans la grande majorité du pays, la vigilance collective devient un enjeu de santé publique. La combinaison d'une surveillance épidémiologique réactive, de la démoustication ciblée et, surtout, de gestes de prévention simples adoptés par chacun autour de son domicile constitue aujourd'hui la meilleure parade pour contenir la progression du chikungunya et de la dengue sur le territoire français.






