Amélie GirardVIEW PROFILE →
Nutrition en France: le nouveau plan PNNS 5 fixe le cap alors que les habitudes restent loin des recommandations
Le cinquième Programme National Nutrition Santé a été lancé en avril 2026 pour la période 2026-2030. Il fixe des objectifs ambitieux sur le Nutri-Score et l obésité infantile, alors que les Français peinent encore à suivre les repères nutritionnels.
La nutrition occupe une place centrale dans le débat sur la santé publique en France en cette année 2026. Entre le lancement d un nouveau plan national ambitieux, des habitudes alimentaires qui peinent à évoluer et une inflation qui pèse sur les portefeuilles, l assiette des Français se trouve au carrefour d enjeux sanitaires, écologiques et économiques majeurs pour les années à venir.
Le PNNS 5, un nouveau cap pour la décennie
Le cinquième Programme National Nutrition Santé, plus connu sous le nom de PNNS 5, a été officiellement lancé le 8 avril 2026 à Lyon, à l occasion du One Health Summit. Ce plan structurant fixe les grandes orientations de la politique nutritionnelle du pays pour la période allant de 2026 à 2030. Il s articule autour de trois grands axes et se décline en une vingtaine de mesures concrètes.
Parmi les objectifs chiffrés, le plan mise beaucoup sur le Nutri-Score, cet étiquetage nutritionnel bien connu des consommateurs. L ambition est de faire passer son utilisation par les consommateurs de 33 à 40 pour cent, tout en visant une présence de ce logo sur 75 pour cent des produits transformés vendus d ici à 2030. La part de marché des produits biologiques devrait quant à elle atteindre 12 pour cent.
La lutte contre l obésité infantile figure également au premier rang des priorités. Le PNNS 5 se donne pour objectif de réduire de 30 pour cent le surpoids et l obésité chez les enfants d ici à 2030, avec un effort renforcé de 20 pour cent dans les populations les plus défavorisées. La directrice de l équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle Eren, la docteure Mathilde Touvier, accompagne ces travaux scientifiques.
Une nouveauté marquante distingue ce plan des précédents. Pour la première fois, le sommeil est intégré comme un déterminant à part entière de la santé nutritionnelle, aux côtés de l activité physique et de la réduction de la sédentarité. Parmi les mesures concrètes figurent une expérimentation du Nutri-Score en restauration collective, le retrait progressif des confiseries en caisse et la réduction du sucre dans les produits destinés aux enfants.
Des habitudes encore éloignées des recommandations

Si les objectifs sont ambitieux, la réalité des assiettes reste préoccupante. Selon les données de Santé publique France, seuls 19 pour cent des hommes et 25 pour cent des femmes atteignent les repères recommandés en matière de consommation de fruits et légumes. Ce constat révèle un écart persistant entre les messages de prévention et les comportements alimentaires réels de la population française.
D autres indicateurs confirment cette tendance. Seulement 23 pour cent des adultes consomment des légumineuses au moins deux fois par semaine, tandis que la consommation quotidienne de céréales complètes concerne 29 pour cent des hommes et 26 pour cent des femmes. À l inverse, 18 pour cent des hommes et 12 pour cent des femmes boivent quotidiennement des boissons sucrées, un chiffre que les autorités souhaitent voir baisser.
Ces difficultés ne se répartissent pas de manière uniforme sur le territoire. Certaines régions affichent une adhésion sensiblement plus faible aux standards nutritionnels, notamment les Hauts-de-France, la Normandie et le Grand Est. Ces disparités géographiques, souvent liées à des facteurs sociaux et économiques, constituent un défi majeur pour les politiques de santé publique qui se veulent équitables.
L inflation continue de peser sur l assiette
Le contexte économique complique encore la donne. D après les données de l Insee relayées au début du mois d août 2026, les prix des produits alimentaires ont progressé de 0,9 pour cent sur un an au mois de juillet. Les produits frais restent sous une pression particulièrement forte, avec une hausse de 3,8 pour cent sur un an, en accélération par rapport aux 2,7 pour cent enregistrés au mois de juin.
Cette pression sur les prix s inscrit dans une tendance de fond bien plus large. Depuis le mois de janvier 2021, le cumul de la hausse des prix alimentaires dépasse désormais les 22 pour cent. Un tel renchérissement pèse directement sur les choix des consommateurs, qui peuvent être tentés de se tourner vers des produits moins coûteux mais parfois de moindre qualité nutritionnelle, au détriment de leur santé.
La viande recule au profit des protéines végétales
Du côté des protéines, les habitudes évoluent lentement mais sûrement. Selon FranceAgriMer, la consommation totale de viande a augmenté de 1,3 pour cent en 2025, un rythme en net ralentissement par rapport aux 2,3 pour cent de 2024. Dans le détail, la volaille progresse de 3,3 pour cent et le porc de 2,7 pour cent, tandis que la viande rouge, comme le boeuf et l agneau, poursuit son recul.
Cette transition s accompagne d un engouement croissant pour les protéines d origine végétale. Les légumineuses brutes telles que les lentilles, les pois chiches et les haricots, ainsi que le tempeh et les noix, s imposent comme les vedettes de l année. Le message porté par les experts est clair, il s agit de végétaliser son assiette en privilégiant les aliments bruts plutôt que les substituts industriels ultra-transformés.






